Stéphanie Ferrat est née en 1972 à Aix-en-Provence. Elle développe une œuvre attentive aux oscillations du vivant, entre relevés terriens et récolte du ciel, qui interroge dans un geste fort et délicat les sillons du monde. Végétation, animaux, roches, territoires, elle traverse les registres naturels dans un travail pictural fait de pigments, d’empreintes et de traces qui est régulièrement exposée en galerie (Sabine Puget, Unes Galerie, Univer, Pome Turbil…). Elle est également l’auteur de poèmes suspendus entre notation du réel et palpitations sensibles, publiés notamment par les éditions La Lettre volée, Fissile ou L’atelier La Feugraie. Stéphanie Ferrat réunit ses trajectoires artistiques et poétiques depuis une vingtaine d’années avec la création d’une maison d’édition de livres de bibliophilie, les mains, où elle croise interventions picturales, textes et impression typographique. Une centaine de titres a paru à ce jour, nourris de collaborations avec de nombreux auteurs parmi lesquels Ludovic Degroote, Jean-Louis Giovannoni, Erwann Rougé et avec des plasticiens tels que Philippe Guitton, Leonardo Rosa ou Vincent Verdeguer. Elle vit à Ampus dans le Var.

Contact: steferrat@gmail.com

        Tél: 06 83 96 92 19

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                                                         Univers naturalisé

                                                            par Itzhak Goldberg

                                                                                 ( novembre 2021 )

Empreintes - marque en creux ou en relief laissée par un corps qu'on presse sur une surface, dit le dictionnaire. Employée dans le domaine artistique, l'empreinte est la garantie d'une représentation fidèle à la réalité; nous pourrions dire qu'elle "emprunte" les traits de son modèle. Il est frappant que l'exemple le plus ancien de cette contiguïté soit le masque mortuaire dans lequel le plâtre épouse parfaitement les contours de l'épiderme. Ce masque fascine précisément par son caractère d'empreinte, qui donne l'illusion paradoxale  qu'en fixant l'expression au moment de la mort, on découvre le mystère de la vie. L'idée que le masque mortuaire concentre la quintessence de la vie est souvent exprimée. Les physionomistes du XVIIIe siècle considéraient ainsi que les masques mortuaires étaient dignes d'observation au même titre que les visages des vivants. Johann Kaspar Lavater explique que les traits du visages sont plus marqués chez les morts: la mort fixe ce que la vie rend fugitif.

A priori, Stéphanie Ferrat semble procéder de la même manière avec ses travaux. L'artiste dit "Poser un fin papier Japon sur le corps léger de l'oiseau naturalisé. Avec un crayon gras, frotter doucement jusqu'à ce que se révèle la trace, l'empreinte". Mais, précise-t-elle, son geste s'applique essentiellement au bec et aux pattes, autrement dit à l'ossature. Faut-il y voir une version élargie du masque mortuaire ? Toutefois, dans le travail de l'artiste, le caractère rigide, définitif de cet objet est remis profondément en question. Non seulement par la subtilité nuageuse de l'empreinte mais surtout par les trajets imprévisibles et incontrôlés des traits et des taches, tressés ou noués, qui forment des zones de brouillage. Les corps se transforment en une matière souple et palpitante, en un réseau semi-transparent. Les corps mais également toute chose qui fait partie de son environnement et sur laquelle elle pose son regard : sol, pierres, murs, portes, troncs. Le processus de fabrication de Ferrat est une rencontre, une conversation silencieuse et intime entre elle et le monde. De fait, rien de spectaculaire avec ces humbles objets de proximité. Rien, sauf la magie du geste artistique qui rend vivant le "minéral". Objets naturalisés ?

© stéphanieferrat2020